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Lorsque je vous dit l’inceste c’est
ça, vous ne savez rien de l’inceste. Ce ça ne dit mot.
Il se tait, ne nomme pas, ne définit pas. Il brouillardise,
confusionne, perd, sidère le sujet qui en est victime.
Ce ça véhicule une énergie sexuelle
qui n’est pas transformée par les mots. Les mots qui précisent,
déterminent, inscrivent, soutiennent, dénoncent, mettent le sujet à
sa place et désignent celle de l’autre.
Dans la lignée intergénérationnelle, dans la famille ou l’enfant est
« fils de et fille de », du père et de la mère et où il n’est pas
interchangeable, tantôt à la place de l’amant de la maîtresse ou du
confident.
Dans une famille à transaction
familiale normale, l’enfant se sait à sa place. Elle est connue par
lui et reconnue par tous les membres de la famille.
Aucune interrogation ne pèse sur la
nature de sa relation aux adultes qui l’ont en charge
« d’élévation ». L’enfant sent qu’il est au cœur d’un dispositif
parental en mesure de prendre soin de lui et de l’éduquer pour le
conduire vers l’autonomie.
Dans les familles à transaction
incestueuse, l’inceste psychique fait circuler une énergie sexuelle
particulière, indéfinissable, un malaise ambiant qui crée le
mal- être. Il ne touche pas le corps. Il montre, donne à voir, vante
« regardez ma fille comme elle est belle », il saisit par l’image.
Il suggère des possibles impossibles. Il attise le désir. Il donne à
entendre le jouissement conjugal.
L’inceste invite et introduit
l’enfant dans des espaces où il ne doit pas être.
La mère « confidence », elle parle,
explique, se plaint de sa sexualité conjugale, montre son corps,
changeant ses serviettes hygiéniques devant sa fille.
L’inceste offre en spectacle l’intime
qui a perdu ses contours, ses limites et laisse la porte des
toilettes ouvertes sur un adulte urinant ou déféquant devant des
enfants incapables de donner du sens à ce qui leur est imposé.
Cette forme d’inceste oublie de
cacher. Les parents ont des rapports sexuels tout près de l’enfant
et créent chez lui une excitation sexuelle anormale pour son âge ou
qui devrait, s’il est adolescent, naître de la rencontre avec un
autre qui n’est pas de sa famille.
L’inceste est incapable de contenir, de trancher, de perdre et
l’énergie sexuelle circule en vase clos. En circuit fermé, elle part
du corps de l’adulte ou des parents conscients ou inconscients,
traverse le corps de l’enfant et retourne aux parents. Du corps de
l’adulte incestueux, elle va au corps de l’enfant qui subit,
s’agite, somatise, se montre, s’érotise, se tait, s’emmure, se
sauve, se mutile, se détruit car il n’y a pas de mots, de parole qui
le reconnaît en tant que sujet dans son individualité et sa lignée
générationnelle.
Dans le huit clos familial, cette
énergie est sauvage, terrifiante, paralysante, sidérante,
ostentatoire et invisible et d’autant plus folle qu’elle s’appuie
sur un sentiment profond que l’on nomme amour.
L’enfant porte sur ses parents un
regard d’amour. Ils lui rendent du désir. Les dés sont pipés.
L’enfant ignore qu’il est enfermé dans une spirale destructrice dont
il ne verra jamais la fin sauf à oser, à trouver la force d’en
appeler à un tiers capable de l’entendre, le croire et l’aider en
accueillant sa parole.
L’être humain est un être de parole.
La parole le distingue fondamentalement de l’espèce animale. En
effet, dans la volière, là ou il n’y a pas de parole le coq coche
ses filles sans vergogne et sans autre forme de procès.
L’accession au langage qui soutient le sens de la
pensée et des actes éjecte l’inceste de la relation
familiale ou le porte devant la loi.
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